Et Depardieu a chanté Barbara

Ça avait très mal commencé.

Je prenais le train pour Paris à 9h12. A 8h50, j’étais toujours sur le quai du métro. Il n’y avait que 2 arrêts. 5 minutes de trajet GRAND max. J’étais presque large. Il n’y avait pas encore de raisons de s’inquiéter. J’avais décidé de prendre le métro et de ne pas aller à la gare à pied parce que 1/ il pleuvait 2/ je pensais que ce serait plus « confortable ».
Ah ah ah.
8h55, toujours pas de métro. 8h57….58…station fantôme et c’est pas très drôle. S’il doit arriver, c’est maintenant ou jamais. Et ben ce sera jamais. Flippée, je décide de sortir de la station de métro et de faire confiance à mes pieds (et mes mollets). C’est sans compter la pluie, les feuilles mortes glissantes et les minutes qui passent à toute allure.
9h03, je passe devant une autre station. Je tente le tout pour le tout, « si ça se trouve j’arriverai pile en même temps que le métro, en 1 minute je serai à la gare et tout ça se finira très bien », je me dis.
Ah ah ah.
9h05, aucun métro en vue. En ce jour férié, Lille a décidé de la jouer ville morte et je la déteste encore plus. Je ressors donc de la station en rage, le cœur battant à 140, le pas d’un marathonien en début de course. Peut-être même que je parle toute seule comme ces âmes errantes un peu dérangeantes : « Putain de ville de merde ! Bordel ! Fait chier ! PUTAIN ! VILLE DE MERDE !!! »… C’est pas beau à voir. Je n’ai plus le choix : j’ai 5mn pour aller à la gare et je n’ai plus que mes jambes pour m’y amener.

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Ou alors une trottinette de gosse (de gosse de 37 ans barbu) abandonnée quelque part ? Une bonne âme en scooter qui pourrait me ramasser ? Un vélo laissé-pour-compte par un ivrogne la nuit dernière ? On s’accroche à ce qu’on peut, je sais, mais justement, j’en aperçois un de l’autre côté de la rue et je me dis que s’il y a bien un jour où je pourrai, POUR UNE FOIS (et la première fois, je précise), « emprunter » un vélo sans trop me faire engueuler, ben c’est aujourd’hui. C’est que je pars à Paris pour aller voir Depardieu chante Barbara, et je refuse qu’une mésaventure de la sorte ne vienne gâcher ça.
Bon, ben le vélo, il est pas du même avis. Il refuse de rouler. Je le repose donc avec la délicatesse qu’on me connaît contre le poteau qui lui servait de béquille.
Il est maintenant 9h13. J’ai le cul mouillé, les chaussures dégueulasses et les cheveux crépus. Dans un élan d’optimisme, je repars vers la gare d’un pas pressé espérant un colis suspect, un obstacle sur la voie ou rien qu’un banal retard de 15mn. Puis je vérifie sur l’appli et je me rends à l’évidence : ma vieille, ton train, il est parti. Sans toi. Et t’as plus qu’à prendre le prochain.

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Bref, ça avait mal commencé. Et ça s’est si bien terminé.

20h30, devant le Cirque d’Hiver. Jean-Paul Rouve profite de l’attente pour fumer une cigarette, j’en profite pour me souvenir de ce qu’est Paris. Ces artistes mêlés aux anonymes partout, tout le temps, si on ouvre bien les yeux. Je suis désolée, mais je trouve ça délicieux.
Très vite il faut rentrer et très vite je suis installée dans cette salle sublime où la température avoisine les 29°C. On a beau avoir subi 9°C toute la journée, on n’en demandait pas tant. Je croise Marisa Borini et je repense tout de suite à ce bijou de Folles de joie. Puis je croise Enrico Macias et la stupéfaction est totale. Je sais, vous êtes jaloux. Mais si ça peut vous rassurer, j’étais en face de Valérie Pécresse.

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21h. Le pianiste Gérard Daguerre entre en scène. Suivi de Gérard Depardieu qui apparaît en costume noir devant l’épais rideau rouge et la salle est unanime : « Wow ». Wow. Depardieu. Il avance doucement, nous salue d’une main, d’un mouvement de tête, d’un sourire. Puis le noir se fait, il se met à chanter Barbara et on le sent, on le sait, ce sera une soirée à part.  Il fustige les intellectuels, ne veut que de l’amour, demande au public de ne pas prendre de photo de lui, « par décence ». Public qui jouera au con puisque les flashs viendront souvent nous distraire et nous arracher aux moments de poésie pure créée par ce mélange intense : Depardieu, un piano et les mots de Barbara.
Ce soir, ce qu’on vit, c’est de la grâce, un peu. C’est ce que je me dis quand je l’entends poser sa voix et peser ses mots dont il accompagne l’envolée d’un geste de la main. Je ne connais pas la moitié des chansons, ce n’est pas Barbara que j’écoute le samedi soir d’habitude et pourtant, je reste là, bouche bée, captivée. C’est aussi beau que je l’espérais, c’est même mieux. Partout autour de moi, ça renifle, partout autour de moi, ça se tait. On ne chante pas en même temps que Gérard Depardieu chante, on ne parle pas en même temps que Gérard Depardieu parle. On reprend son souffle quand il finit « L’aigle noir » et on se demande alors si l’on a respiré de toute la chanson. Quand sa voix est douce et délicate, c’est à Drôle d’endroit pour une rencontre que je pense. Quand il rugit avec la puissance qu’on lui devine, on a le souffle coupé et c’est le silence (le respect ?) qui s’impose et qui dure. A peine un flash pour venir l’interrompre. Vous voyez, quand vous voulez ! En suspend. C’est une soirée en suspend.
Puis les lumières se rallument, les applaudissements pleuvent et les échanges avec le public commencent. Il nous demande de chanter avec lui en insistant : « N’ayez pas peur, tout le monde chante faux. Même moi ! ». Ce qui n’est pas tout à fait vrai.
Il reçoit des fleurs, les redistribue une par une au 1er rang, se fait câliner par Marisa Borini, embrasser par Enrico Macias. Il prend le temps de saluer l’assemblée émue avant de retourner derrière cet épais rideau de velours. Nous, on replonge dans les 9°C humides de la rue Amelot en se disant qu’il est impossible de ne pas aimer Gérard Depardieu. Lis ça si t’es pas convaincu(e).
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